• La bête

    Encore un résidu du jeu 10 mots pour créer, que je m'étais beaucoup amusée à écrire, bien qu'il n'ait rien de remarquable. Cette fois-ci, les mots étaient :

    • Ménagerie 
    • Absinthe 
    • Scarabée
    • Victorien 
    • Ventilateur 
    • Dynamo 
    •  Mycélium 
    •  Orient 
    •  Étoile
    •  Écharde

    Un peu de pitié pour ce texte, il a déjà deux ans...

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    La bête

         Pédalant comme un fou pour gravir la côte, je me disais qu'il serait judicieux de mettre ce foutu réveil beaucoup plus fort. Non, vraiment, ça faisait sérieux d'arriver en retard à son premier jour de travail... En bon sportif du dimanche, j'abandonnai finalement et marchai à côté de mon vélo. Et quand enfin mon objectif apparut, j'aurais dû être là depuis plus d'une heure. La façade, peinte dans un vert forêt déteint par le temps, s'écaillait et laissait montrer quelques marques de pourriture dans les plinthes. Des cloches à vent pendaient au rebord du toit et les quelques fenêtres étaient obstruées par des rideaux noir tirant sur le gris. Une large vitrine – qui semblait ne pas avoir été nettoyée depuis Mathusalem – donnait sur quelques cages vides tapissées d'une litière de papier journal. Seul un poisson rouge tournait dans son bocal, judicieusement posé sur un guéridon branlant. Quelle idée d'installer une ménagerie dans un endroit aussi glauque...

         Je pénétrai dans le magasin, ce qui fit crisser les gonds du battant dans un bruit des plus désagréables. Le plancher de la pièce grinça sous mes pieds, une plainte qu'on aurait dit venue du purgatoire... Dans le coin adjacent à la vitrine, un comptoir portait une vieille caisse enregistreuse et une paire de bottes. En m'approchant, je m'aperçus qu'un homme somnolait sur sa chaise, les pieds sur la surface encombrée et les bras derrière la tête. Il me fixait à travers ses lunettes de soleil rondes. Il portait des habits étranges, de style victorien si je ne m'abusais : un veston noir et un chapeau haut de forme qui lui ajoutait bien une vingtaine de centimètres. À côté de lui, dans un vivarium au couvercle ouvert, reposait un énorme reptile dont la tête s'appuyait sur le haut de la vitre. Sur l'un des grands côtés de la cage de verre, une inscription au marqueur : Nahash, Anaconda d'Orient.

         « En retard, marmonna l'homme.

         – Veuillez m'excuser, j'ai eu une panne de réveil. »

         Enfin, la panne venait plutôt de mes oreilles, mais je préférais taire ce détail. L'homme me regarda suspicieusement une seconde avant d'acquiescer.

         « Que ça ne se reproduise plus. Va nettoyer l'arrière-boutique, elle en a bien besoin. »

         Hum... Il n'y a pas qu'elle qui en a besoin au vu de la poussière dans l'air. N'a-t-il jamais aéré ce magasin ? Poussant la grande étoffe qui séparait les deux pièce, je restai incrédule une seconde à la vue de ce qui m'attendait. Non, vraiment, le magasin en lui-même n'était rien par rapport à ça. Il y avait tellement de saleté que ça m'étonnait presque de voir les animaux en vie. Ma main vint se poser sur le chambranle en bois de la porte, mais je la retirai aussitôt : une écharde s'était logée dans ma paume. Je la retirai bien vite pour me mettre enfin au travail.

         Un balais traînait dans un renfoncement, accompagné de sa fidèle amie la serpillière et de son copain le seau. Un robinet, encastré dans le mur, laissait tomber des gouttes à un rythme régulier, créant une flaque à ses pieds. Remontant mon col sur mon nez, je me munis de tout l'attirail et me mis au travail. Mon regard s'attarda sur un chiot dans un petit enclos couvert d'une pelouse artificielle. Il s'agissait d'un border collie, le genre de chien fidèle dont tout le monde rêve, dont moi. Je passai ma main et lui caressai la tête, provoquant irrémédiablement la joie du chien bicolore. À son cou, un collier rose fushia m'écorcha les yeux : cette couleur ne devrait pas exister... Une petite médaille en forme d'étoile indiquait le nom de l'animalerie, sans plus, pas de nom.

         Lorsque je retournai à regret à ma tâche, quelque chose se colla à mon visage : une toile d'araignée. Mes yeux se levèrent au plafond et découvrirent avec horreur les pales d'un ventilateur couvertes de soies tissées par les arachnides. Je ne pus retenir une grimace, j'avais horreur de ces bestioles... Utilisant mon balais comme une tête de loup, je nettoyai du bout des doigts l'objet qui, peut-être, rendrait la pièce moins humide. Je remontai les fils électriques dans l'espoir de ranimer la bête. Mais je fus vite déçu quand je vis qu'il s'agissait d'un système de dynamo relié à la roue d'un rongeur probablement décédé depuis belle lurette.

         Derrière la cage de feu le hamster, un torchon noir recouvrait un bac en bois. Curieux, je le soulevais et découvrais une culture de mycètes. Pourtant, il y avait quelque chose d'étrange avec ces champignons – plus que de les cultiver dans l'arrière-boutique d'une ménagerie, j'entends. Le mycélium, qui aurait dû être blanc, était rouge et comme orné de veines qui semblaient pulser. Un tuyau reliait la jardinière à une immense caisse en bois, fermée par un cadenas. Au-dessus de celle-ci, des étagères faites de simples planches étaient couvertes de choses plus étranges les unes que les autres. Des bocaux contenaient des liquides verts où des squelettes d'animaux baignaient. Dans une vieille bouteille d'Absinthe, une grenouille complètement gonflée à laquelle il manquait les yeux semblait vouloir sortir du récipient. Sur l'étagère supérieure, une collection de crânes sur le front desquelles avait poussé une épine osseuse. Des livres anciens venaient compléter le paysage, coincés entre deux bouteilles au contenu plus obscur que celui de leurs pages.

         Des pas résonnèrent derrière moi tandis que j'attrapais mon balais pour ne pas avoir l'air de tirer au flanc.

         « Fini ?

         – Hum... Non, pas tout à fait.

         – Le coffre t'intrigue ? »

         Il désigna le caisson fermé. Je ne répondis pas et le laissais sortir une clé de sa poche. Il décadenassa et ouvrit, laissant une nuée de scarabées sortir de l'obscurité. Je poussais un cri fort peu virile et m'écartais, surpris. L'homme me fit signe d'approcher. Je jetai un rapide coup d’œil dans l'antre aux dix milles insectes. Mais là, ils avaient tous disparu. Seul résidait un animal tentaculaire que je n'aurais pu nommer. Je n'avais jamais vu un truc pareil... Une mâchoire luisante de bave claqua près du rebord et arracha un rire à l'homme qui s'amusait à y mettre les doigts avant de les retirer pour ne pas se les faire attraper. Je m'approchais un peu plus près, tentant de déterminer à quoi pouvait bien ressembler la bête. Le bac était en fait incrusté dans le sol, celui-ci creusé pour donner plus de profondeur. Quand enfin je me trouvais au plus près des planches, le gérant se tourna vers moi.

         « Tu sais comment on fait pour le nourrir ?

         – Heu... Non. »

         Qu'est-ce que cette bestiole pouvait bien avaler ? C'était un mystère pour ma petite cervelle. Je sentis une main m'agripper dans le dos et me jeter dans la fosse.

         « Comme ça. »

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